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17 Jul

Laurent Nizette : être photographe, c’est voir le monde autrement

Rencontre avec le photographe bruxellois, Laurent Nizette.

Ce Bruxellois a accepté de mettre son expérience au service de Kasting Kafé en prenant en photo notre mannequin durant le shooting à Doel. Laurent Nizette nous a également expliqué en long et en large comment la photographie le fait vibrer au quotidien.

Comment as-tu su que tu voulais devenir photographe ?

Laurent Nizette : J’ai vraiment appris quelque chose dans la vie quand j’ai découvert ce que j’aimais. Quand on aime quelque chose, on s’investit, on tente de comprendre. C’est comme être sur l’eau dans le sens du courant, c’est porteur.
Même si j’ai fait l’INRACI (ndlr : une école de photographie à Bruxelles), je suis un peu un autodidacte. Ce que je vais dire peut paraître fou mais, aujourd’hui, beaucoup de photographes n’aiment pas vraiment la photo.
Ils font ce qu’on leur a appris à l’école mais ne vivent pas réellement leur passion. Or, quand on aime quelque chose, on va chercher les détails qui apportent de la sensibilité.

C’est cette sensibilité qui te plaît dans la photo ?

Laurent Nizette : Ce que j’aime dans la vie, c’est ressentir des choses. La photographie nous apprend à regarder différemment. Un photographe voit le monde autrement.

Tu as d’ailleurs eu l’occasion de parcourir le monde lors de tes voyages.

Laurent Nizette : Je suis photographe paysagiste à la base. J’aime aller dans des endroits extrêmes pour prendre en photo des paysages contrastés. Récemment, l’ambassade de Namibie m’a commandé des photos pour une expo.
Ces derniers mois, j’ai été en Nouvelle-Zélande, à Oman, aux Emirats-Arabes-Unis, au Groenland. J’ai beaucoup voyagé pour la photo.

Voyager pour le boulot tout en vivant sa passion, ça plairait à beaucoup…

Laurent Nizette : Je ne pense pas que ça plairait à beaucoup sur le long terme. Je suis célibataire aujourd’hui parce que mes passions prennent de la place.
Ma vie paraît attirante car on se dit ‘oh le mec voyage’ mais, même si j’adore ce que je fais, cela apporte un lot de contraintes. J’ai un enfant et je ne suis pas souvent à la maison. Financièrement, c’est également très instable.

Mais tu reviens quand même souvent à Bruxelles, non ?

Laurent Nizette : Ma vie à Bruxelles, c’est la transmission, au travers d’expositions par exemple. Quand je suis à l’étranger, je ressens. Quand je reviens, je transmets. Je garde bien évidemment un gros ancrage dans le pays dans lequel je vis.

photographie laurent nizette

Tu ne photographies pas que des paysages ?

Laurent Nizette : Les paysages, c’est ce que j’aime le plus et qui me rapporte le plus. Mais je fais aussi des portraits liés à la mode ou pour des particuliers. C’est une façon très différente de travailler.
Dans la nature, j’observe ce qui m’entoure pour tenter de prendre la meilleure photo possible. En studio, la mannequin est coiffée et habillée, l’environnement est contrôlé. On crée littéralement la photo que l’on veut.

Tu es du genre directif ou tu laisses de la liberté à la mannequin ?

Laurent Nizette : Je vais diriger le/la modèle en lui donnant une idée de ce que je voudrais. Je ne lui dis pas “lève le bras” car si le mannequin le fait, il ne sera plus lui-même et la photo sera ratée à mon sens.
Je veux vraiment que la personne reste authentique.

Si c’est facile pour toi de guider les mannequins, c’est parce que tu travailles aussi avec des gens sans expérience.

Laurent Nizette : Ceux qui me demandent des photos sont très rarement des professionnel(le)s, mais à part quand ils/elles veulent un book. Généralement, ce sont Monsieur et Madame Tout-le-Monde qui viennent pour avoir un souvenir ou pour être mis en valeur.
Je travaille donc très souvent avec des gens qui n’ont pas d’expérience. J’ai également travaillé avec des gens qui avaient des problèmes. Mon but était de les mettre au centre de la photo et de leur faire aimer leur image. J’ai une approche très pédagogique.

mannequin pris en photo par Laurent Nizette

Tu as souvent l’occasion de faire du nu. Comment se passe une séance de ce type ?

Laurent Nizette : Quand on fait des portraits, une fois sur trois c’est du nu. Ce ne sont pas que des femmes, il y a aussi des hommes. Quand je me lance dans un shooting d’1h30 où il y aura des photos de nu, les 45 premières minutes sont de la conversation. Ce n’est pas du tout brutal.
La personne s’enveloppe dans un drap et c’est elle qui choisit quand elle est prête à le faire tomber. Grâce à cela, la personne garde le contrôle. Elle se rend aussi compte que je suis professionnel et que je ne suis pas là pour la reluquer.

Quels conseils, toi, Laurent Nizette, donnerais-tu à un photographe qui voudrait se lancer?

Laurent Nizette : Observer ! Les gens n’observent pas. Mes premières photos, c’était des photos d’émotion. Je prenais mon appareil, j’allais à l’aéroport et je prenais en photo les personnes qui se retrouvaient.
Aujourd’hui, quand je regarde les gens en rue, beaucoup sont sur leur smartphone. Ils se connectent sur les réseaux sociaux dès qu’ils peuvent. Il n’y a pas de mal avec les réseaux mais, du coup, ils n’observent plus autour d’eux. Ils ne vivent plus leur vie, ils la subissent.
Quelqu’un qui veut faire des photos doit aimer regarder, même les choses banales et sans intérêt. La plupart des gens qui achètent un appareil photo cherchent un bon zoom. Le zoom leur permet d’adapter ce qu’ils voient à ce qu’ils veulent. Pour apprendre, il faut faire l’inverse. Il faut utiliser des focales fixes, ça va vous forcer à bouger, à devoir chercher quelque chose à prendre en photo.

Pour conclure, quel est la suite pour Laurent Nizette ?

Laurent Nizette : Je n’ai pas de freins. Si j’ai envie de photographier quelque chose, je le fais. Ce dont je rêve maintenant, c’est de sauver le monde.
Grâce à mes passions, j’aimerais aider les gens à donner un sens à leur vie, leur permettre de vivre au mieux leurs relations avec les autres et avec eux-mêmes.

Crédit photo : Laurent Nizette

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